Joël Selo

Mon premier roman « les Vieux Démons » mon second roman « La Belle Tubéreuse »

                                                                                

 

                                                                                                                                          

  Après Les Vieux Démons 2007, vient de paraître :

                                                 La Belle Tubéreuse.

Présentation de la couverture : 204 pages, format 150X 200

                                   Illustration : peintures Joël Selo 

   

    À lire absolument

 Parfois troublant,souvent émouvant,quelquefois caustique, ce magnifique roman ne vous laissera pas indifférent.

                                                                    

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Contact e-mail : joel.selo@wanadoo.fr

Résumé  de la belle tubéreuse

C’est l'histoire particulière entre, David « la cinquantaine » en pleine crise existentielle, et une jeune fille, Marie à la recherche de son identité.

Tout au long du récit, Marie et David vont mutuellement expliquer leur propre histoire. David évoque le souvenir d'une petite camarade : Marie-Lise qui venait tous les ans passer ses vacances chez sa grand-mère et qui un jour disparut tragiquement en emportant avec elle son odeur si particulière.

Ce roman se passe à la Rochelle et à Brouage. Il parle de sentiments forts, de parfums, fragrances, de souvenirs indélébiles, d'un journal de jeune fille des années 60, mais également de celui d'une jeune fille des années 2000 et surtout des difficultés à vivre avec des souvenirs trop forts.

Extraits de mon deuxième roman page 11/12

La belle tubéreuse

J’erre de longues minutes le long du quai. Je me remémore ses longs silences en compagnie de mon grand-père Jean-Marie. J'adorais ce grand vieillard aux yeux bleus d'azur, aux cheveux blanc argent, coiffé d'un béret noir, le corps serré dans une ceinture de flanelle, silhouette d'un autre temps, mémoire d'une autre histoire. Ces longues promenades ponctuées de quelques phrases me fascinaient. J'attendais de longs moments qu'il prononce quelques mots. C'était toujours pour me dire des choses vraies, me parler du temps, du vol des mouettes, de leurs cris. « Tu entends, me disait-il, on dirait des éclats de rires d’enfants. »

Il était d'une rare intelligence, malgré son illettrisme. Les vieux de l'époque disaient de lui qu'il était capable, sans compas, de se rendre sur un point maritime bien précis, de faire une fabuleuse pêche, et de revenir à son port d'attache sans même avoir lu une carte, pilotant lui-même son chalutier. Instinct animal, sixième sens, force innée ? Peut-être ! Pour moi il était un mystère, une sorte de dieu vivant.

À soixante-douze ans il travaillait toujours, réparant les filets pour les copains, fabriquant des épissures pour des armateurs.

Pendant des heures, je l'observais, tricotant comme une dame ; ses doigts agiles, comme les pattes d’une araignée, passaient et repassaient dans les mailles des filets à la vitesse de l’éclair ! Mes yeux n’étaient pas assez grands pour admirer sa dextérité.

Ma première vraie sensation, celle de mon odorat, me fut révélée en ce temps-là. À cette époque je découvris le pouvoir magique pour analyser, reconnaître, comprendre tout ce qui nous entoure. Ainsi, cette gymnastique du nez devint mon art de vivre, ma raison d'être. Par la suite, je me mis à cultiver ce savoir, à développer cet instinct. Je passais de longs moments à fermer les paupières et à essayer de distinguer exclusivement avec mon nez: le chanvre, les fleurs, la terre, les êtres...

Fermer les yeux les soirs d'orage, humer l'atmosphère qui vous entoure, l'ozone, la terre mouillée, l'herbe sèche, la pluie sur la poussière, les parfums enivrants des fleurs. L'homme n'est pas constitué que de chair, de sang, de sexe ou d’os. Il est un mélange savamment dosé, minutieusement affiné ; un être sensible dont l'odorat est une pièce essentielle.

  

                                          

  

 

           Les vieux démons

 

 

                                                      Mon premier roman paru en livre classique chez hélix. 

      Publié en deuxième édition dans la publication, « terre de poche chez De Borée ».

 

 

La séduisante Gisèle, pour la première fois, est vraiment amoureuse. Mais succomber aux charmes de l'ennemi pendant la seconde guerre mondiale n'est pas du goût de tout le monde, surtout quand il s'agit de l'officier qui contrôle le village où elle vit. Et cette relation nourrit la jalousie de Grand-Louis, un homme riche, violent et autoritaire dont Gisèle a été la maîtresse. Celui-ci n'agit pas tant qu'elle se trouve sous la protection du capitaine Guerhard. Mais que se passera-t-il à la fin de la guerre ?
À travers la vie intime et les moeurs de son héroïne, Joël Selo dépeint avec justesse les turpitudes d'un village sous l'occupation.

 

 

 

  Extrait de mon roman

  

Le cliquetis du pédalier  rythme l'allure de la bicyclette, l'amplitude souple des mouvements de Gisèle la fait ressembler au vol majestueux d'un oiseau migrant, silhouette étrange dans cet univers de plénitude. Tout est harmonie dans le marais : le silence feutré des terres mouillées, le souffle matinal du vent, le défroissement des ailes des hérons victime d'une nuit trop humide, le cri des premières hirondelles exténuées d'une migration trop longue et le soleil tardent à se lever comme s'il voulait se faire prier.
Gisèle connaît bien cette petite route qui serpente entre deux fossés ; les gens d'ici la nomment « la route de Tiranson ». Depuis sa plus tendre enfance, elle l'arpente quatre fois par jour. Sa petite maison qu'on appelle « La Mieux » est située au centre géographique du Marais, à trois kilomètres de Brouage. Cette route, constituée d'un asphalte grossier, mélange de bitume et de pierrailles compactée, à peine plus large qu'une charrette, en est le cordon ombilical. Chaque ornière, chaque crevasse, Gisèle les évite avec l'aisance des gestes de l'habitude. Entre sa maisonnette et le village, il n'y a pas moins de vingt-huit  virages, tous en épingle à cheveux... « De quoi vous donnez le tournis. »
Pouette, pouette. Gisèle fait un petit signe de la tête. Elle a reconnu la Celtaquatre. L'auto de Patte Folle ne passe pas inaperçu, elle fait un tel vacarme ! Même les Boches l'ont refusée tellement elle est rongée jusqu'aux essieux. Arrivé à la hauteur de Gisèle, Patte Folle fait une embardée. Cela ne la surprend pas, ça l'amuse ce gros porc de faire peur aux jeunes femmes. Elles simule un crachat. Mais cela vaut-il la peine d'user de la salive pour un pareil individu ?
« Alors, ma belle, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ? Tu verras, tu changeras d'avis. Lorsque les loups sont affamés, ils sortent de leur tanière.
-- Va te faire foutre. »
Gisèle, déséquilibrée, dérive sur le bas-côté, évite de justesse un plongeon dans le fossé, effraie au passage quelques grenouilles. Elle n'a pas de mots pour répondre ; sa seule préoccupation, redresser la situation.
Deux coups de klaxon.
« À bientôt ma belle, je serai patient. »
Dans un bruit de teuf-teuf enrhumé, Patte Folle accélère brutalement ; l'échappement de son auto pétarade dans un tonnerre de dynamite.
Vieux cochon ! Là-dessus, Gisèle poursuit sa route.
Patte Foffe est le type même du parfait pourceau. La guerre et les privations ne le gênent pas : il s'engraisse aux topinambours ; pas de danger qu'il en fasse profiter ceux qui n'ont rien pour se nourrir. Des gens l'ont vu guetter des nuits entières, des fois que l'on irait les lui prendre, ses saletés de tubercule.
Si par obligation vous êtes contraints d'aller dans son taudis, vous vous verrez offrir en guise de sucreries un topinambour ; refusez ! Qu'à cela ne tienne, il plonge sa main sale dans le grand fait-tout.
« Il est bon ! Délicieux ! Il est cuit de ce matin. »
Aucun risque qu'on les lui mange ; il le sait, le bougre, qu'avec son stock il peut tenir un siège de dix ans. Il vit en autarcie  : la piquette, les pissenlits, les topinambours... L'occupation peut durer, il n'aura pas de problème.
Encore un virage, et l'auto de Patte Folle aura disparu ; si seulement elle pouvait faire un dérapage et se foutre dans le canal, que l'on en finisse avec ce tas de rouille.  

Elle se souvient des quatre jeunes gens, qui, histoire de s'amuser, avaient mis quelques morceaux de sucre dans le réservoir du maquignon ; et bien, ça a fonctionné ! À mi-chemin, en allant vers Beaugeay, les pistons dans le panier, quel foin ça avait fait ! Depuis les familles se déchirent à coups de dénonciations.

 Partout où Gisèle passe, elle rafle du sucre, petits ou gros morceaux, peu lui importe. Deux cents à trois cents grammes, par ces temps de pénurie, ce n’est pas facile à trouver, car tout le monde le planque. Si ça continue, cette denrée deviendra plus chère que tout l’or de la terre. Le plus dur sera d’avoir accès au réservoir, ce sale con est méfiant. A l’idée de foutre en l’air sa putain de machine qui pue, Gisèle a un large sourire. Savourant sa préméditation, elle ralentit tellement sa bicyclette que ses roues ont de la peine à la maintenir en équilibre.

Malgré la magnificence du marais, celui-ci a un grand défaut: de l’eau à perte de vue; il est impossible de le couper en ligne droite. Patte Folle le sait, et s’en amuse. Cela fait des années qu’il bave de la posséder la Gisèle. Il a tout essayé, même avec son fric. De l’argent, pour sûr il en a, il est plein aux as; dès le début des hostilités, il a trafiqué. Tout le monde se tait. « Et ça se dit bon Français ! » 

Gisèle observe cela de loin. Elle n'est pas d'ici, comme savent le dire les gens du village ; aussi, prudente, elle garde le silence.

Le front de Gisèle s'assombrit et, comme piquée par un insecte, elle s'arc-boute, pousse sur les pédales. Soudain son visage prend les couleurs d'un ciel d'orage.

Une aigrette prend son envol, contraignant Gisèle à mettre pied à terre. Elle suit du regard ce bel oiseau dont la blancheur contraste avec le vert des tendres ajoncs; son vol est lourd, presque immobile. Effrayée, l'aigrette vire à quatre-vingt-dix degrés, trois coups d’ailes, remonte, plane et se repose quelques mètres plus loin de l'autre côté du ruisseau.

Gisèle ne se lasse pas de la beauté simple de la nature. Malgré la difficulté du quotidien, elle se trouve heureuse dans cet environnement, ce ciel, ce parfum, cette faune; elle lève le nez, respire à fond pour se saouler de ce bon air. Ses poumons se défroissent jusqu'à la souffrance, elle titube sous l'effet de la forte douleur.

Ce matin il fait à peine chaud, ses pommettes violacées contrastent avec la pâleur de son visage ;  C'est vrai ce que disent d’elle les femmes du village : Gisèle est différente ; malgré le peu de moyens dont elle dispose, elle est toujours bien mise, quatre sous lui suffisent pour être attirante, coiffée, maquillée comme la femme du notaire. C'est fou ce que les femmes inventent pour plaire, noir de charbon sur les sourcils et les cils, décoctions de plantes pour teinter les jambes, couture de faux bas alignée au cordeau, cheveux roulés autour d'un crin de cheval pour réaliser une coiffure « à l'ange », rouge à lèvres, qu'elles obtiennent en confectionnant une pâte (mélange de suif et de raisin sec pillé).

Ce matin Gisèle a mis sa veste de tailleur, réplique quasi parfaite d'un ensemble de chez Chanel confectionné dans une capote militaire subtilisée à un soldat revenant du front ; elle s'est appliquée pour la bâtir (la faim justifie les armes.)

Puis, munie de ces attraits, compte tenu des moyens de subsistance qui se réduisent, elle n’hésite pas à aguicher les bonshommes pleins d’illusions. Un homme s'afficherait-il avec une « poule mal plumée ? »

Gisèle ralentit, elle a entendu le bruit caractéristique du camion transport de troupes. Tous les matins les soldats allemands font la relève.

 Elle stoppe, se range sur le bas-côté ;  il n'y a pas de place pour un vélo, surtout qu'en ce moment les Chleuhs ne sont pas de bonne humeur. Depuis plusieurs nuits des avions parachutent des armes dans le marais, du côté du canal des trois B. Ils sont furieux de ne pouvoir coincer les FFI, dans ce coin c'est pire que de chercher un bouton dans un tas de paille.

Gisèle relève sa manche, huit heures dix à sa montre. Comme d'habitude, pile sur le pont, ils ont une horloge dans le trou de balle ; voilà pourquoi on gagne une guerre ! De la ponctualité… Eux, ils ont compris.

 

 

 

                 

                             

 

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