L'aquarelle.
Celui qui ne s’est jamais essayé à l’aquarelle ne peut comprendre à quel point cet art est diaboliquement difficile.

Au sujet de l’aquarelle et des aquarellistes
J’entends souvent des quolibets concernant cet art. Je leur réponds simplement : prenez mon pinceau, mes couleurs… et essayez !
Art difficile
Il n’est sans doute pas de technique plus difficile, plus exigeante, plus diabolique que l’aquarelle, tant elle semble constamment se dérober à nos attentes, échapper à nos intentions et imposer ses propres lois.

Combat technique
L’aquarelle est un véritable rapport de force entre le pigment, le papier et l’eau, dont il vous faudra constamment dompter les caprices.
Patience récompensée
Prenez le temps d’observer attentivement le sujet que vous allez dessiner, car votre main, qui tient le crayon, n’en sera que plus habile à transcrire ce que vos yeux observent.

Peindre l’instant
Tel un bon génie, l’aquarelle fait surgir de l’eau nos émotions fugitives et les saisit avec une transparence toute particulière.
Peindre n’est pas inné, cela s’apprend
Apprendre à peindre consiste avant tout à apprendre à regarder. En effet, avoir un regard de peintre, c’est savoir voir en valeurs, en formes, en couleurs, en profondeur… Vient ensuite la pratique du geste, avec une main suffisamment exercée pour savoir suivre rapidement l’œil et la pensée.
Avant tout, un préalable nécessaire : dessiner
Les plus belles couleurs ne peuvent animer une aquarelle si elles ne reposent pas sur un dessin juste, tant dans les proportions que dans la perspective et la qualité du trait.
Prenez le temps d’observer
N’oubliez pas : avant le geste, le regard et l’observation jouent un rôle primordial dans la construction d’une bonne aquarelle. On ne regarde jamais trop un sujet, donc jamais assez.
De l’attention au sujet
Prenez le temps d’observer attentivement le sujet que vous dessinez, car votre main, qui tient le crayon, n’en sera que plus habile à transcrire ce que vos yeux observent.
Observer les ombres
De la lumière naît l’ombre, merveilleuse vibration qui révèle et sublime les formes.

Il n’y a pas de bon peintre sans bon dessin
Lorsque je regarde un tableau, avant de porter un jugement ou une critique sur le sujet, j’analyse d’abord si la personne qui a exécuté l’œuvre sait ou non dessiner, peu importe que le sujet soit classique, moderne ou abstrait.
Il n’y a pas d’abstraction possible sans une juste construction. La justesse du trait et l’habileté à composer libèrent la couleur.
Quelques conseils à l'initiation à l'art du carnets de voyage.
Pas besoin d’un matériel coûteux pour commencer la pratique de l’art du carnet de voyage. Un crayon BIC Matic, vendu en papeterie ou en grande surface, ou un crayon traditionnel HB2, avec la mine toujours bien pointue, une petite gomme classique, un taille-crayon et quelques feuilles de papier pour aquarelle suffisent. Évitez les carnets à spirale : leurs attaches métalliques peuvent gêner la main et entraver le geste. Pour l’aquarelle, le choix du papier revêt une grande importance. Il faut privilégier un papier portant la mention 100 % coton, les autres étant, à mon sens, peu adaptés à l’application de la couleur.Pour ma part, j’utilise de grandes feuilles de papier Sennelier 100 % coton, grain moyen, 300 g/m², disponibles dans les magasins de beaux-arts. Il suffit de les découper selon vos besoins, puis de les rassembler en les cousant. Vous verrez qu’avec ce choix, votre travail n’en sera que meilleur et que cela vous reviendra moins cher. Il vous faudra également vous munir d’une petite boîte d’aquarelle de très bonne qualité, car la qualité des couleurs conditionne en grande partie le résultat de votre travail. D’après mon expérience, les couleurs Sennelier comptent parmi les meilleures du marché et offrent une excellente tenue dans le temps.

Au début, vous pourrez acheter vos aquarelles à l’unité, car chacun a sa propre sensibilité dans le choix des couleurs. Vous pourrez ensuite trouver ou confectionner une petite boîte et les disposer à votre guise, en sachant que l’on commence généralement par les couleurs chaudes — les jaunes et les rouges — puis les couleurs froides, les bleus et les verts. Qu’elles soient en godets ou en tubes, il faudra impérativement ajouter aux couleurs de votre choix de la terre de Sienne naturelle et du gris de Payne, sans oublier, bien sûr, le noir et le blanc, utiles pour réaliser certains mélanges et travailler les ombres. Pour les pinceaux, trois ou quatre suffiront pour commencer. Il en existe de très souples en nylon, peu coûteux, qui feront parfaitement l’affaire. Un stylo-plume classique à encre noire vous sera également très utile pour réaliser des lavis sur vos traits de plume. Ajoutez-y une petite planchette pour poser vos feuilles, car l’aquarelle se travaille à plat.
Et vous voilà prêt à réaliser vos premiers carnets de voyage !
Je vous ai mis en photo un petit échantillon du matériel que j’utilise.

Travaillez le plus possible dehors. Ne soyez pas timide : au début, vous aurez tendance à vous mettre à l’écart des regards curieux. Avec un peu d’entraînement, vous vous habituerez à la présence des passants. Dans l’ensemble, les gens sont bienveillants avec les dessinateurs, même débutants. Un petit conseil : ne dessinez jamais d’après une photo. L’œil et l’objectif photographique n’ont ni les mêmes rapports de vision ni la même perception des couleurs. Il vaut mieux réaliser un dessin imparfait d’après nature que de copier une photographie. Croyez-en mon expérience : les personnes qui commencent à dessiner et à mettre en couleur d’après une photo ont rapidement tendance à ne plus pouvoir s’en passer, et cela se ressent dans le résultat.

Souvent, je suis invité à de petites expositions et, d’un seul coup d’œil, sans hésitation, je peux déterminer si le dessinateur ou le peintre a réalisé son sujet sur place ou d’après une photographie.
Si vous le souhaitez, une fois votre dessin terminé, vous pourrez alors immortaliser le paysage avec une photo, mais seulement après avoir achevé votre œuvre.

Lorsque je choisis un sujet, je prends le temps de chercher le bon emplacement. Un peu comme un chien qui tourne en rond sur sa couverture avant de trouver la bonne place pour se coucher.
Les lignes de fuite du sujet, la perspective et l’endroit où mon œil perçoit le mieux les informations sont autant d’éléments déterminants.
Peu importe la justesse du sujet : contrairement à la photographie, votre fantaisie doit jouer un rôle primordial dans les formes et les sujets que vous choisissez. Ce qui importe, pour le spectateur, c’est qu’il reconnaisse l’atmosphère du lieu.
À Annecy, les maisons de la vieille ville sont à dominante ocre ou ocre jaune, parfois même franchement roses. J’ai fait l’expérience de recomposer de mémoire des maisons de cette ville. Lorsque je montre mon dessin à l’aquarelle, les personnes me citent spontanément Annecy en me disant : « Je reconnais bien cet endroit. »
À La Rochelle, les maisons sont plutôt blanches, avec un style architectural bien particulier. Dans le Loiret, les toits sont souvent couverts d’ardoise bleue. En Saintonge, les toitures sont plutôt à dominante rouge, parfois même rosée. En Bretagne, les cheminées ont une forme bien définie, tandis qu’en Alsace, elles présentent un volume caractéristique de la région.
Voyez : il suffit parfois d’un petit détail pour donner à votre dessin une identité régionale et permettre au spectateur de reconnaître immédiatement le lieu représenté.

Trop de débutants utilisent l’aquarelle comme s’ils peignaient à la gouache. Pourtant, ces deux peintures sont très différentes, tant dans leur composition que dans leur comportement à l’application et dans le résultat obtenu.

Pour une bonne application de l’aquarelle, il est indispensable de vous munir de plusieurs petits godets ou d’une ou plusieurs palettes à godets. La préparation des couleurs dans ces petits réceptacles vous permettra de mieux doser vos mélanges et d’éviter ainsi de « gouacher » vos dessins.

Une autre particularité de l’aquarelle, par opposition à la gouache, est sa transparence. Si vous « gouachez » votre aquarelle, vous perdez précisément cet effet.
Entraînez-vous à superposer des couches fines, en laissant sécher entre chaque application. Une couche transparente de bleu sur une couche de jaune vous donnera ainsi un vert délicat.
Souvent, sur mes aquarelles, j’applique, avec un large pinceau, des traînées de gris de Payne ou de terre de Sienne fortement dilués. Cette technique apporte une impression de douceur et de profondeur à l’ensemble.
Très souvent, les aquarellistes utilisent des pinceaux trop petits, ce qui les oblige à employer trop peu d’eau et a pour conséquence un résultat « gouaché » du plus mauvais goût.

Amusez-vous à coloriser vos dessins avec des pigments ou des matières naturelles à votre portée : café, thé, safran, jus de betterave, mère de vinaigre, etc. Vous serez étonné des résultats obtenus.
J’ai, dans un carnet de voyage, une aquarelle réalisée avec de la vase d’un marais salant. Le résultat est du plus bel effet et, avec le temps, la couleur tient parfaitement.

Il est toujours appréciable de voir figurer sur les carnets de voyage de courts textes, sous forme de commentaires ou de simples notes : la date, la température de l’air, le temps qu’il faisait, la situation du lieu, la ville et le pays, mais surtout les émotions ressenties face à l’environnement.
Toutes ces annotations constituent un lien privilégié entre celui qui a composé l’atmosphère et rendu le croquis, et celui qui le découvrira plus tard avec plaisir.
Toute reproduction, même partielle, des textes et des images est interdite.



